La musique de Rush atteint ici une ampleur et une profondeur qui leur manquait jusque là. Fly By Night et Caress of Steel étaient pourtant très bons, depuis l'arrivée de Neil Peart à la batterie, avec ce heavy metal technique, racé, zeppelinien et progressif. Mais 2112 sonne de façon diablement plus mature et grandiose, respirant la confiance et la disparition de cet "embarras du choix". En effet après avoir hésité entre heavy metal classique ou progressif, puis distingué ces deux style sur Caress of Steel, le groupe semble finalement bien décidé à mixer les deux, pour une des plus belles naissances du metal progressif.
Le morceau d'ouverture, "2112", est plus que jamais un grand classique du style progressif. Pendant vingt minutes, les thèmes alternent avec une rapidité et une agilité incroyable. Après une introduction des plus incroyables dans l'histoire du rock, des riffs puissants se mettent en place progressivement pour atteindre une puissance qui ne renie pas pour autant la subtilité. Les prouesses instrumentales sont quasiment permanentes et apporteront toujours un plus sans nuire à la qualité intrinsèque de la musique. Des phases d'accalmie viennent ponctuer ces déluges de riffs et de hurlements sans que le morceau ne faiblisse jusqu'au thème final apocalyptique.
Du coté conceptuel, les paroles de Neil Peart prennent une ampleur déterminante. Le concept de "2112" est basé sur une nouvelle de science fiction russe. L'histoire se passe en 2112, époque où les prêtres du temple de Syrinx tiennent l'espèce humaine et sa technologie sous contrôle total et répriment toute forme d'expression. Le destin de l'humanité pourrait pourtant être changé par la découverte d'un homme : une guitare électrique...
La seconde force de cet album est qu'il ne souffre pas de l'effet Tarkus car les autres titres sont également excellents : l'intercontinental "A Passage to Bangkok", le génialissime "The Twilight Zone" avec son refrain acoustique qui est un autre des sommets de 2112, mais aussi l'entraînant "Lessons" flirtant avec un style plus pop. "Tears" est peut être un prélude aux "power ballads" d'Aerosmith avec son tempo diminué et son caractère plutôt dramatique. Enfin, "Something for Nothing" achève l'album d'une manière idéale, car possède toutes les qualités d'un bon titre de Rush : qualité instrumentale, puissance, technique et originalité.
Voici donc le premier grand classique du groupe qui ouvre la voie à plusieurs autres merveilles les années suivantes...